
J’éprouve souvent de la satisfaction après avoir fini un livre. Je m’interroge, je réfléchis au sens profond de ce qu’a voulu dire l’auteur, j’essaie de trouver une signification cachée, il arrive même que je me torture l’esprit en lisant sa biographie pour comprendre pourquoi il aurait écrit ce bouquin à ce moment précis de sa vie… Jusqu’à ce que ma copine Brenda m’appelle pour aller boire un verre de Macon sur une terrasse. Et puis bon, avec le temps qu’il fait en ce moment, hors de question de refuser. Alors je passe à autre chose, je range ce livre avec les autres (souvent pour ne plus le toucher pendant au moins 3 ans), et une semaine après, j’en rachète un autre.
Il y a quand même un style de bouquins qui échappe totalement à ce petit rituel post lecture. La littérature féminine. Alors là, évidemment, je te vois rire sous cape devant ton écran et effleurer l’idée que je puisse être fan des romans Harlequin. Comme tu es complètement à côté, je te demande d’arrêter de rire et je me permets de préciser : je ne lis pas de romans Harlequin, je n’ai même jamais essayé… Peut-être qu’un jour, par curiosité et dans un très grand moment de solitude, je m’essaierai à cet exercice. Bref, j’ignore s’il y a un terme précis pour désigner le type de bouquins que je dévore comme des magazines people. Romans de gare, romans de plage… Easy-reading peut-être ?
Toujours est-il que pendant longtemps, j’ai pris un malin plaisir à parcourir ce ramassis de niaiseries pour adolescentes, parce que quand même, ça fait du bien de s’aérer les neurones avec de la littérature modeste, et puis ce n’est vraiment pas si mal écrit que ça (si, si, c’est vrai). Le truc c’est qu’aujourd’hui, j’en ai marre. Je viens d’en finir un et un douloureux constat m’a frappé. Ils sont tous pareils.
Choisis une héroïne entre 25 et 35 ans, célibataire, habillée comme une gravure de mode mais bourrée de défauts, au hasard ultra-dépensière en chaussures Jimmy Choo et sacs Prada, avec une carrière de merde donc un découvert non autorisé dépassant le PIB de l’Ouganda, et trop (mais trop quoi !) déprimée de ne s’envoyer en l’air qu’avec des abrutis finis doublés de losers intersidéraux. Il se trouve que les écrivains britanniques sont vraiment doués pour écrire ces bouquins, donc notre héroïne est souvent originaire du Royaume-Uni. Souvent, ses parents sont des petzouilles du fin fond de la campagne moche de Londres , et elle est enfant unique ou ne voit jamais ses frères et sœurs. Comme le livre fait 300 pages, il faut bien qu’il lui arrive des trucs à cette charmante demoiselle. Au hasard (encore), elle va croiser un riche PDG sexy qui va tomber complètement raide dingue d’elle. Et il va s’en passer des choses avant qu’elle ne puisse ne serait-ce que sentir l’odeur de son after shave à 600 £. Parce que oui, tout le monde le sait, la route pour accéder au bonheur est semée d’embûches. Mais tout finira bien pour cette fille, et le livre s’achèvera sur un happy end digne des meilleures comédies romantiques. Notre héroïne aura non seulement le mec de ses rêves mais aussi un super boulot (pour lequel il faudrait être diplômée d’une grande université normalement mais elle est tellement géniale que c’est quand même elle qui le décrochera), des amis fantastiques, et plein de nouvelles fringues hors de prix.
Si tu traverses la Manche pour lire la prose de nos auteurs locaux, l’héroïne a moins de vêtements (parce que c’est quand même superficiel), couche avec un philosophe et s’interroge sur le sens de la vie. Si la forme bouge, le fond lui, reste définitivement le même : OUI, L’AMOUR, LE VRAI, EXISTE !
Toi aussi, comme Amanda, Joséphine ou Gretchen , tu peux atteindre ce bonheur.
Alors, au début, j’ai essayé moi aussi de faire comme elles. Cependant, très vite, je me suis rendue compte que ça marchait moyen. Déjà, pour les fringues. Mon banquier étant moins souple que ceux de ces jeunes femmes, je me suis très vite retrouvée dans la merde, et je me suis du même coup demandée si à Londres, les lettres recommandées avec accusé réception facturées 9€ par ta banque existaient. Ensuite, j’ai essayé de rencontrer un PDG super sexy, alors j’ai trainé dans le quartier d’affaires de ma ville. Après de nombreuses heures passées à mater chaque type portant un attaché case, je me suis rendue à l’évidence : chez nous, les PDG sont vieux. Enfin, pour le boulot, et bien je n’ai même pas essayé car tout le monde sait que pour bosser dans la mode ou le marketing en France, il faut avoir fait 29 stages et sortir d’une école tellement renommée que tu es obligé de t’endetter sur 20 ans pour te la payer.
En définitive, j’ai lâché l’affaire. Je reste donc à rêvasser sur les abdos du barman qui jongle avec les bouteilles, 30 shooters de vodka devant moi, ma copine Brenda sur le siège à côté, et les pieds incroyablement douloureux à cause des escarpins bon-marché que j’ai miséré à me payer. (ne t’inquiètes pas, j’aime bien ma vie en vrai)
Mais j’ai pris une décision : je vais me sevrer des livres de filles.
(Note : Je tiens à te préciser que je n’exagère pas une seconde mes propos, je me contente de schématiser)
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